Descente de l’Amazone en bateau, passage au Brésil tout en lenteur

Categories AMERIQUE DU SUD, Brésil
Descente de l'amazone en bateau de Tabatinga à Manaus

Pour rejoindre le Brésil depuis Leticia, j’aurais pu faire le choix de prendre l’avion. Mais pour aller jusqu’au bout de l’aventure amazonienne je décide de faire comme les locaux et de prendre le bateau lent qui descend l’Amazone jusqu’à Manaus, soit 4 jours de navigation. Je pars donc acheter mon ticket au port de Tabatinga, bien qu’étant à seulement 2 km cela est déjà une aventure en soi puisque de l’autre côté de la rue, du côté Brésil, mon espagnol ne m’est d’aucune utilité et j’ai bien du mal à me faire comprendre lorsque je demande ma route. Heureusement il y toujours le language des signes pour se débrouiller ! Mon billet en poche pour un départ prévu le lendemain, il faut remplir les formalités administratives, ici pas de poste frontière à proprement parlé, il faut retourner à l’aéroport de Leticia (côté colombien) pour obtenir son tampon de sortie du territoire puis revenir au poste de police de Tabatinga (côté brésilien) pour avoir celui d’entrée du Brésil. Ouf ! Enfin, pas vraiment car l’après midi sera consacré à laver toutes mes affaires boueuses de ces derniers jours et recharger tous mes appareils (à défaut de wifi je retrouve au moins électricité et eau courante, c’est toujours ça de pris !).

Amazonie de Tabatinga à Manaus en bateau

 

Le lendemain j’arrive en avance au port pour embarquer tôt, c’était sans compter sur le check de la police brésilienne qui fouille sans exception les sacs de tous les passagers pour empêcher notamment le passage de drogue. D’emblée le policier qui fouille mon sac tombe sur mon paquet de lait d’amande en poudre… Placé comme ça en ligne de mire ça ressemble presque à de la provocation (oups, j’avais complètement omis cette étape de contrôle). Il me jette un regard suspect, renifle le sachet et continue de vider mon sac et d’en vérifier chaque recoin, moi qui avais bien tout rangé pour optimiser l’espace, je rumine, impossible de le fermer correctement à présent. Je peux enfin embarquer sur le bateau où une ribambelle de hamacs sont déjà accrochés sur le pont. J’installe le mien près d’un couple au « look voyageur » que j’ai repéré lors de l’attente, bien qu’étant moins blancs que moi (et oui, je suis la seule « gringuette » du bateau) ils n’ont pas l’air brésiliens. Je leur adresse la parole en espagnol, en effet, elle est argentine et lui est colombien. Parfait ! Je me sens ainsi un peu moins perdue dans cette atmosphère lusophone. Car si à l’écrit quelques mots peuvent ressembler à l’espagnol, la prononciation est complètement différente et je ne comprends pas une bribe des conversations qui m’entourent ou lorsqu’on m’adresse la parole. Ces 4 prochains jours sans électricité ni activité autre que celle de contempler l’Amazone depuis son hamac seront l’occasion d’apprendre au moins quelques basiques nécessaires à ma survie !

 

Ce soir là, le dîner est servi à 16h30 😳 pas d’option végétarienne, c’est ragoût de bœuf au menu…et ce sera donc pain sec pour moi. Si le Brésil émet peu de gaz à effet de serre en produisant une grande partie de son énergie (80% de l’électricité provient des barrages, notamment celui d’Itaipu qui est le plus grand du monde ; 17% du plus grand parc d’éoliennes d’Amérique latine installé dans le Nordeste et seulement 3% de nucléaire) il n’en est pas de même pour son industrie agroalimentaire. En effet, plus de la moitié du CO2 émis provient de la filière bovine et en particulier du déboisement de la forêt amazonienne justement, pour constituer des pâturages et cultiver à très grande échelle (1er producteur mondial) du soja transgénique destiné à nourrir le bétail d’ici et d’ailleurs. Quant aux pets de ces braves vaches, l’émission de méthane est 20 fois plus nocive que le CO2… Encore une raison de plus pour se mettre au végétarisme, voire plus. Heureusement, le coucher de soleil sur le fleuve est là pour rattraper le coup ! La nuit tombée, il n’y a plus qu’à se mettre au lit hamac avec son plaid et sa liseuse (ma meilleure amie pendant les longs trajets en Amérique latine).

 

Comme on me l’avait dit les nuits sont fraîches sur le bateau, ce qui signifie pour moi (et mon extrême sensibilité au froid) TRÈS froid, malgré mon plaid, impossible de tomber dans un sommeil profond, je me recroqueville dans mon hamac pour rassembler la chaleur, en vain. Durant cette première nuit nous faisons un stop dans un port, pendant cette escale des gens montent et descendent passant dans les rangs de hamacs et me bousculant au passage. Outre le fait que n’importe qui pourrait partir ni vu ni connu avec mon sac dans la pénombre, je crains surtout que quelqu’un ne marche sur mon matériel photo. Changement de stratégie : j’étale mon tapis de sol sous mon hamac, à même le sol je suis abritée du vent et le sol en métal du pont qui a chauffé toute la journée au soleil est encore tiède et j’utilise mon sac en guise d’oreiller. Et voilà, d’une pierre deux coups, je peux dormir sur mes deux oreilles…bon pour le confort il faudra repasser ! Le lendemain, je m’éveille tardivement…à 6h ! Le soleil se lève tout juste, une énorme boule de feu flotte au-dessus de l’horizon brumeux. Je bondis de mon couchage de fortune, je suis la dernière dans la file du petit-déjeuner dont la cloche a retenti il y a déjà une heure.

 

Le deuxième jour passe tranquillement entre écriture, lecture, méditation, écoute de podcasts et de musique, le tout rythmé par la sonnette des trois repas, et lorsqu’elle retentit tout le monde se rue en file indienne pour accéder au réfectoire. Si les journées peuvent paraître monotones les repas eux le sont encore davantage, aucune chance d’être pris de surprise comme on peut l’être en contemplant le fleuve et voir un dauphin rose sauter, du côté de l’assiette c’est polenta/riz/flageolets et viande (évidemment !) à tous les coups. Quant à se dégourdir les jambes et bien, les déplacements sur le bateau sont assez limités, entre aller admirer le lever du soleil sur le ponton supérieur, redescendre se laver dans le combiné « WC-douche » d’1m3 (espace restreint oblige !), aller à la cantine et faire des allers-retours à son hamac, j’arrive à peine à une moyenne de marche de 500 mètres par jour. Et à 19h, il fait déjà nuit noire, tandis que les adultes sont déjà couchés, les enfants jouent et courent encore gaiement entre les hamacs. Pendant que j’écoute de la musique, dans le mien qui swingue au gré du vent soufflant terriblement fort ce soir là. 

 

Le troisième jour est identique au précédent, je suis juste un peu las des coups de cul de ma voisine qui se balance sans arrêt dans son hamac, de son mari qui ronfle, nuit et jour, de leur fils qui tue avec un rire satisfait chaque insecte qui passe et de leur séance de pédicure collective quotidienne dont les déchets arrivent comme par magie sous mon hamac. Malgré cette routine et ces petits déagréments, je m'émerveille toujours devant le paysage et les couleurs tellement différentes que prend le ciel à l'aube et au crépuscule.

 

Nous faisons encore des stops, les hamacs se dépendent, de nouveaux voisins s’installent et soudain une montée de flics. Ils choisissent « au pif » trois sacs sur le ponton toujours dans le but de vérifier s’il n’y a pas de trafic de substance illicite, comme par hasard le mien est tirée au sort, et le policier m’oblige à en extraire tout le contenu. Moi qui depuis deux jours m’astreins à ne sortir aucun objet de valeur pour ne pas attirer l’attention, maintenant tous mes voisins savent de quoi il en retourne, lui ça à l’air de l’amuser, moi je suis furieuse. Le point positif, c’est que je n’ai plus à me cacher maintenant, fini la privation, je retrouve la joie de faire des photos… Yoouupiiii, une activité de plus !

 

Le quatrième et dernier jour semble interminable. Avec Nancy et Carlos, le couple franco-colombien avec qui j’ai bien sympathisé, nous comptons les heures, pour passer le temps ils se lancent dans de nouvelles créations de bracelets brésiliens et moi dans un nouveau bouquin.

 

Le paysage commence à changer un peu, quelques cabanes sur les rives, des câbles électriques au loin, il semblerait que nous nous approchons un peu plus de la civilisation. Mais à 15h (heure à laquelle nous sommes censés arriver) toujours pas de port en vue, je vais donc demander à l’équipage notre heure d’arrivée, le verdict tombe : nous avons du retard, débarquement prévu pour 22h. Oh non ! Nous qui je rêvions d’un dîner de légumes frais, c’est raté ce sera encore riz et pâtes, nous n’en pouvons vraiment plus et commençons même à être vraiment malades. Brusquement le vent se lève, tout s’envole sur le bateau, c’est une véritable tempête qui nous prend par surprise, pas de coucher de soleil se soir là, mais un spectacle d’éclairs tout autour de nous sur l’Amazone. Finalement c’est un petit lot de consolation pour nous faire patienter. Vers 21h, nous apercevons enfin les lumières de Manaus, l’excitation monte sur le bateau, tout le monde s’agite à empaqueter ses affaires, ranger son hamac et à hâte de débarquer.

 

Tout un coup un bateau de police gyrophare et alarme a tue-tête nous accoste alors que nous sommes encore au milieu du fleuve. Que se passe-t-il encore ?! Des hommes cagoulés avec des fusils d'assaut presque aussi grands que moi nous demandent très fermement de sortir papiers d’identité, ticket et de se soumettre à une fouille (encore !) de nos effets personnels. Tout le monde s’exécute sans broncher même si aucun insigne ni carte nous prouve qu’ils sont réellement de la police. La tension est palpable, mais on fait tous mine que la situation est normale. D’ailleurs pour le personnel de bord qui ne parait pas stressé, ça semble presque être une routine. Après un sale quart d’heure d’angoisse (l’idée qu’on m’ait glissé quelque chose dans mon sac m’effleure quand même) ils repartent nous laissant sur un ponton qui ressemble à un souk avec tous nos bagages étalés. Ouf, on va enfin peut être pouvoir débarquer. On arrive au port où l’on est accueilli à nouveau par la police et leurs chiens, ces derniers sont plus efficaces et plus rapides et au moins on n’a rien à déballé. En posant pied à terre, on appendra qu’ils ont effectivement trouvé 25 kilos de cocaine cachés dans notre bateau !!! D’accord d’accord ce n’était donc pas du zèle. On quitte les lieux sans poser davantage de questions, mieux vaut ne pas rester traîner dans les rues de cette ville, visiblement plaque tournante de la drogue et puis avec la pluie battante on a hâte de rejoindre notre auberge.

 

Après ces quatre jours de hamac et de promiscuité, 1 600 km parcourus à un rythme d’escargot, nous sommes enfin à Manaus. Ça fait une drôle de sensation de retrouver la terre ferme, j’ai l’impression de ne plus marcher droit. Ce soir là nous dormirons dans un lit bien au chaud, même si le balancement de mon hamac me manque déjà (je vais le garder dans mon sac pour plus tard et pour Paris !). En revanche, retrouver de l’électricité et du wifi après deux semaines de coupure n’ai pas de refus. Je retrouve aussi mes repères horaires et je découvre que j’ai changé de fuseau. Mes tentatives de « portugnol » sur le bateau n’ont pas dû être très claires. Après une bonne journée de repos et d’acclimatation à l’étouffante chaleur qui règne ici, je pars à la découverte de Manaus. On s’attend à un peu de verdure et d’exotisme, mais rien de tout ça, car même si elle est située en plein milieu de l’Amazonie brésilienne, Manaus est une véritable métropole avec plus de deux millions d’habitants, ses grattes-ciel et ses centres commerciaux. La ville a connu la gloire au début du XXème siècle avec la culture du caoutchouc, pour être ensuite complètement délaissée, aujourd’hui, grâce à son statut de zone franche, elle est devenue l’un des principaux pôles industriels du Brésil. Je commence par aller faire le plein de fruits et légumes au marché, situé près du port, le Mercado Adolpho Lisboa me transporte soudainement dans une atmosphère parisienne et pour cause, sa structure métallique Art nouveau a été inspiré des vieilles Halles de Paris. 

 

De ses années d’opulence, Manaus a gardé quelques édifices, comme l’Opéra d’Amazonie ou Teatro Amazonas qui fut construit à la fin du XIXème siècle, à l’âge d’or du caoutchouc. D’ailleurs les pavés qui l’entoure sont faits d’un amalgame de pierre et de caoutchouc ingénieusement pensé à l’époque pour étouffer le bruit des calèche des retardataires. Au pied de cet édifice rose bonbon, la Praça de Sao Sebastiao, sur cette place centrale de la ville c’est là que viennent les jouer artistes, que l’on se rafraîchit à l’ombre d’un arbre ou que l’on vient manger à l’un des kiosques de rue. 

 

On trouve encore plusieurs vielles demeures de l’époque, certaines rénovées, d’autres plus défraichies et dont les couleurs palissent, se fondent avec les immeubles contemporains immondes et les nuées de fils électriques. Plus loin du centre, le Palacio Rio Negro, immense demeure à l’architecture néo-classique et avec des jardins aménagés en contrebas témoigne encore de l’époque fastueuse de Manaus.

 

C’est ici que mon périple amazonien prend fin, après la moiteur et la chaleur étouffante de Manaus, il me tarde de m’envoler vers la région du Nordeste pour retrouver la fraîcheur du littoral et l’océan.

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