Le Grand Nord sauvage et isolé

Categories Nouvelle Calédonie, OCEANIE

Passé la ville de Koumac, l'isolement commence à être perceptible, je ne croise quasiment plus personne sur la route, plus de panneaux non plus, de toute façon je ne risque pas de me perdre puisqu’il n 'y a qu'une seule route pour aller vers le Nord.

 

J'ai vraiment la sensation d'être seule au monde, pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde, paysages désertiques entourent ces routes carrossables, quand soudain j'entends des hennissements. Serait-ce la chaleur et les kilomètres engloutis qui me font divaguer ? Non quelques secondes plus tard un troupeau de chevaux sauvages et quelques adorables poulains traversent devant moi. Je l'avais lu dans les guides mais je n'y croyais pas, j'ai l'impression d'être dans un rêve. Mais reprenons mes esprits le soleil va se coucher il faut que je trouve un spot dégagé pour l'admirer. Je me laisse guider par ses rayons, gare la voiture au milieu d’un champ de cocotiers et cours jusqu’à la plage pour tenter de capter les dernières couleurs rougeoyantes.

 

Sur cette plage déserte je rencontre deux australiennes qui passent une semaine de vacances ici, dans un mignon bungalow isolé de tout…improbble ! Je prends congé pour partir à la recherche de mon spot de camping pour la nuit, après plusieurs détour et à défaut de trouver le vrai terrain de camping je m'installe dans un chemin et plante ma tente face à la mer. Je m'endors avec le bruit des vagues (comme d'habitude maintenant) et sous un ciel étoilé, c'est magique ! 

 

Le lendemain après avoir passé 15 minutes à m'acharner avec ma machette (oui j'ai encore besoin d'entrainement) je déguste ma noix de coco comme petit-déjeuner avant de rejoindre l’extrême nord : Boat Pass, officiellement appelée la pointe de Nahârian. Arrivée au bout du bout septentrional de la Grande Terre, il n’y a pas un bateau au loin, juste quelques cases traditionnelles, le lagon aux eaux toujours plus turquoise et l’ambiance toujours plus paisible. Bref, l’endroit idéal pour une pause lecture. Dépouillé de presque toute distraction, de toute compagnie, le monde qui m‘entoure a un autre goût, prend un autre sens, j’ai l’impression d’être projetée dans un autre dimension où le temps qui passe n’existe pas.

 

Je poursuis ma route à travers ces terres semi-arides et dépeuplées avec ici et là les rencontres presque irréelles et toujours magiques de ses chevaux sauvages qui surgissent de la brousse. Et décide de m’aventurer encore un peu plus, en prenant la route de la côte Est.

 

Je passe dans un hameau avec la belle église d’Arama et discute avec de jeunes kanaks qui semblent étonnés de ma présence ici, si loin de tout et seule.

 

Quelques kilomètres plus loin, les paysages changent à nouveau, encore plus desséchés, plus rouges avec la mangrove qui s’est installée sur ces rivages en friche, ces terres salées, dessinant un tableau somptueux. La beauté du décor me fait oublier tout le reste, je suis tellement captivée par le panorama que je ne m’aperçois pas que je m’enfonce sur une « route » qui n’en ai pas une. C’est une piste avec des canyons formés par les saisons, la pluie, la sècheresse et les roues des rares 4×4 qui passent par là. Je tente tant bien que mal de rouler, prenant garde à placer mes roues sur les sommets des canyons tel un train sur des rails. Une montée un peu plus raide que les autres et j’y laisse la jupe de mon pare-choc. Il est trop tard pour faire demi-tour, d’ailleurs la route devant moi ne devrait pas être pire que celle que j’ai déjà parcourue…seule solution : continuer. A peine 200m plus loin l’une de mes roues dérape d’un canyon et là c’est le drame : l’une des roues motrices est dans le vide, impossible de repartir.


Seule, sans réseau téléphonique, paumée dans la pampa, je n'ai pas d'autre choix que d'enfiler mes baskets, prendre mon sac et de l'eau pour parcourir à pied les 20 km qui me sépare du premier village. Résignée à cette unique option je me mets en marche et je me rends compte seulement maintenant à quel point cette piste est impraticable. À peine 2 km d'avalés que j'entends au loin un bruit de moteur…ce doit être le fruit de mon imagination, puisque je n'ai croisé aucune voiture depuis des heures. Mais NON. Un énorme 4×4 surgit de nulle part : incroyable !!! C'est un chasseur qui rentre de sa virée avec son butin : 4 cerfs sur le toit. Il me demande où j'ai "posée" ma voiture dont il a repéré les petites traces dans la terre rouge depuis le début. Je monte à bord et lui explique, il est confiant on va réussir à me sortir de là. Connaissant mieux la piste et ses difficultés, il prend le volant de ma Clio. Je me retrouve à conduire l'énorme 4×4 et à tirer par endroits la Clio lorsqu'elle peine de trop. Encore 5 km de labeur qui me paraissent sans fin, pour arriver enfin sur une route de terre battue plus praticable. Nous reprenons nos véhicules respectifs, je le remercie 1000 fois pour son aide et je termine seule les km jusqu'à la prochaine ville. J'ai l'impression d'avoir fait une étape du Paris-Dakar je suis couverte de sable rouge, la voiture n'en parlons pas !

 

Que d'émotions en une journée, cette mésaventure qui aurait pu faire tourner mon séjour au vinaigre s’est transformée en une expérience inoubliable. Epuisée je m'écroule de fatigue sans même préter attention aux bourasques de vent qui applatissent complètement ma tente. Demain sera un autre jour, encore plein de surprises, j'en suis sûre. Décidément, j'aime de plus en plus la Nouvelle Calédonie !

INFORMATIONS PRATIQUES :
Aire de camping gratuite de la Plage Saint Mathieu de Pouébo

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