Immersion en territoire Akha

Categories ASIE, Laos

 

Après un passage de la frontière Vietnam-Laos, placé sous le signe de l'arnaque (pour l'accueil chaleureux et les sourires laotiens tant attendus on repassera) on arrive à Muang Khuaw. Rien de spectaculaire dans cette paisible bourgade, mais c'est une halte appréciable pour se reposer quelques heures et planifier notre programme des prochains jours. On décide de partir le lendemain matin pour rejoindre le nord du Laos, trajet qui en décourage plus d'un puisqu'il faut prendre un premier bus jusqu'à pour Pak Nam Noi (1h) et un deuxième jusqu'à Phongsali (9h), le tout sur une route piste (au Laos on se rendra vite compte qu'il n'y a jamais de vraie route !)

A l’extrême nord du pays, enclavée au milieu des montagnes aux confins du Vietnam et de la Chine, se trouve la province de Phongsaly, la plus isolée du pays et peuplée par plusieurs ethnies : les Phu Noi (éthnie tibéto-birmane) et les Akhas originaire du sud-ouest de la Chine.

L’intérêt de la région réside dans la découverte des villages alentours. Le premier jour, nous partons donc seules explorer un village Phu Noï accessible à pieds. Mais nous souhaitons surtout vivre une immersion chez les Akhas, alors on réserve un trek de 2 jours avec une nuit dans un village, chez l’habitant.

Le lendemain matin, on prend donc un bus en direction de Boun Neua en demandant au chauffeur de nous arrêter à 24km précisément, là on retrouve notre guide, d’une vingtaine d’années, lui même né dans un village Akha, mais qui a fait ses études à Vientiane et préfère la « ville » à la vie de fermier. On entame notre ascension vers le village, alternant la vue sur les montagnes avec une mer de nuages et des passages dans la jungle laotienne. On arrive en fin d’après-midi au village qui regroupe une vingtaine de maisons, où tout le monde partage le quotidien : vaisselle collective, douche au seul point d’eau au milieu du village… Les Akhas sont animistes – leurs croyances sont peuplées d’esprits, ils ont leur propre langue et ils vivent en autosuffisance, dépendants de la nature et des récoltes (même si depuis quelques années l’écotourisme se développant, une partie du prix de notre trek est investi dans le développement des villages).

La tenue des femmes Akhas est unique, basée sur le noir et le rouge, elles portent une coiffe agrémentée de dizaines de pièces d'argent, des bijoux en métal qu’elles confectionnent elles-mêmes et des jambières et manches très colorées. Certaines femmes ont les dents teintées de rouge en raison des feuilles de bétel qu’elles mastiquent.

Les femmes Akhas s’affairent toutes et tout le temps (7 jours sur 7, 365 jours par an), tandis que les hommes fument, jouent aux cartes et au billard – sauf un qui tisse des bambous pour construire des cages pour les animaux. Ici les jeunes filles se marient précocement et font déjà face à 14-15 ans aux responsabilités de mère, ce qui implique également de nourrir toute la famille et d’entretenir la maison. D’ailleurs notre guide nous le confirmera, au Laos et particulièrement chez les Akhas ce sont les femmes qui font tout !

En effet, pendant que les femmes préparent le repas du soir, le voisin nous invite à venir trinquer au lao-lao, l’alcool local qui est un alcool de riz à 50º…qui décape ! Après « l’apéro » on part à la rencontre des habitants du village : femmes et enfants sont très timides, peu habitués aux occidentaux et encore moins aux photos. Les hommes sont toujours en train de boire et fumer et donc plus enclins à la rigolade.

Nos hôtes mettent une attention toute particulière à la préparation du dîner et au dressage de la table qui est trop petite pour accueillir tout le monde : femmes et enfants mangeront donc dans la cuisine, tandis que nous gun peu gênées par la situation dinons avec les hommes. Le repas commence par un verre bol de lao-lao (que l'on fera semblant de boire pour ne pas vexer nos hôtes). Le festin peut commencer, chacun pioche avec ses baguettes dans les plats au menu : sticky rice (encore et toujours), chips de patates violettes (oh ? ça c'est nouveau !), cacahuètes fraîches grillées, œufs brouillés et divers légumes (courge, chou, épinards).

Après ça, on nous propose un massage Akha, ce n’est pas de refus après 1 mois de backpaging et une journée de trek ! Je me croirais chez l’osthéo, mes vertèbres se débloquent, décidément les femmes Akhas savent tout faire. On s’endort peu de temps après, mais notre nuit sera entrecoupée par les chants des nombreux coqs du village…mettons fin à la légende : non les coqs ne chantent pas au lever du soleil, mais quand bon leur semble !

Le lendemain, on va au jardin de notre famille d’accueil pour cueillir des fruits et légumes pour le déjeuner. Il faut compter 3/4 d'heure aller retour, en coupant à travers la forêt, les rizières en jachère et les champs de canne à sucre. Ici la canne à sucre pousse comme du chien dent, notre guide nous en coupe 1m, en enlève l'écorce et nous en tend un morceau chacune. Mode d'emploi : croquer dedans, mâchouiller et aspirer pour obtenir le jus frais et sucré et recracher les fibres c'est un peu l'équivalent de notre Mister Freeze à la mode asiatique (c'est-à -dire avec crachat !). 

Avant de quitter le village Akha, on déguste avec nos hôtes la chair orange et goûteuse d'une papaye cueillie à l'instant au jardin. Le guide nous explique que les Akhas mangent la papaye quand elle est mûre (orange) et non la papaye verte qui est consommée en salade en ville et qui n'a pas du tout le même goût. Le mystère de ce fruit aux deux couleurs est enfin levé !

On terminera ce trek par 3 heures de marche en empruntant une poussiéreuse piste de terre rouge pour rejoindre le village de Boun Nea. Nous faisons un tour au marché pour déjeuner des spécialités locales (roll à la cacahuètes, beignets au sésame et yaourts au lait de coco) et sautons dans le bus de retour pour Phongsali, avec qu'une hâte : prendre une douche !!!

Demain un long trajet pour retourner à Muang Khuaw, un petit village bordé par une rivière, nous attend.

4 thoughts on “Immersion en territoire Akha

  1. Bonjour, 

     

    Je pars pour le Laos en décembre et aimerais faire un trek à Phongsaly.  J'aimerais savoir à quel endroit ou avec quelle agence vous avez réservé votre trek s'il vous plaît.

    1. Bonjour Elaine,
      Nous sommes arrivées à Phongsaly en bus local et nous nous sommes adressées directement à l'office du tourisme de Phongsaly auprès de qui nous avons réserver notre trek.
      Trek 2 jours/1 nuit : 650.000 Kip/persone (pour un groupe de 2 personnes) tout compris (transports, hébergement, nourriture, guide).
      Bon voyage !

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